En bref. Un déficit s’impute sur les bénéfices des exercices suivants dans un délai limité. La fraction correspondant aux amortissements échappe à cette limitation et reste reportable sans condition de durée.
Cette distinction est la clé du sujet. Elle explique pourquoi une entreprise doit toujours pratiquer ses amortissements, même déficitaire : c’est cette part du déficit qui ne se périme jamais.
Les deux fractions du déficit
| Fraction | Origine | Report |
|---|---|---|
| Déficit d’exploitation | Charges courantes excédant les produits | Limité dans le temps |
| Amortissements | Dotations de l’exercice | Sans limitation de durée |
Le tableau des amortissements doit permettre d’isoler la seconde fraction exercice par exercice. Sans ce suivi, l’entreprise perd le bénéfice du report illimité, faute de pouvoir en justifier le montant. Le lien avec la pratique des dotations est développé dans notre guide sur les amortissements au Maroc.
L’ordre d’imputation
- Le déficit s’impute sur le bénéfice fiscal des exercices suivants, dans l’ordre chronologique.
- Les déficits les plus anciens s’imputent en premier, afin de ne pas les laisser se périmer.
- La fraction limitée dans le temps s’impute avant la fraction illimitée, pour la même raison.
- L’imputation est obligatoire dès qu’un bénéfice existe : elle ne se reporte pas au choix de l’entreprise.
Le point 3 est une règle de bonne gestion autant que de technique : imputer d’abord ce qui expire évite de perdre un déficit reportable alors qu’un autre, imprescriptible, restait disponible.
Le calcul du déficit fiscal
Le déficit reportable n’est pas le résultat comptable. Il en découle après retraitements :
- Réintégration des charges non déductibles : amendes, provisions rejetées, charges non justifiées.
- Déduction des produits non imposables ou déjà imposés.
- Prise en compte des abattements et régimes de faveur applicables.
Un résultat comptable déficitaire peut ainsi devenir un résultat fiscal bénéficiaire, et inversement. Seul le second détermine le report.
L’effet de la cotisation minimale
Une entreprise déficitaire reste redevable de la cotisation minimale, calculée sur le chiffre d’affaires et non sur le résultat. Trois conséquences :
- Le déficit ne dispense pas de tout paiement au titre de l’impôt.
- La cotisation minimale acquittée peut, selon les règles applicables, être imputée sur l’impôt des exercices suivants.
- Une exonération peut exister pendant les premiers exercices d’activité.
Ce mécanisme est développé dans notre guide sur la cotisation minimale au Maroc. Il explique qu’une jeune entreprise déficitaire ait néanmoins des versements à effectuer.
Les événements qui font perdre le report
- La cessation d’activité : les déficits non imputés sont perdus.
- Certaines opérations de restructuration, sauf régimes de faveur expressément prévus.
- Un changement d’activité réelle, susceptible d’être analysé comme une cessation.
- L’expiration du délai pour la fraction limitée dans le temps.
Le troisième point mérite vigilance lors d’une réorientation stratégique : un changement profond d’activité peut être requalifié, avec perte des déficits accumulés. Les conséquences d’une cessation sont décrites dans notre guide sur la dissolution et la liquidation d’une société.
Le suivi documentaire
- Un tableau de suivi des déficits par exercice d’origine, distinguant les deux fractions.
- La mention des imputations pratiquées, exercice par exercice.
- Le solde restant à reporter, avec sa date d’expiration pour la fraction limitée.
- Les liasses fiscales des exercices concernés, conservées pendant toute la durée du report.
Le point 4 est souvent négligé : justifier un déficit ancien suppose de produire la déclaration de l’exercice d’origine, même si elle sort du délai habituel de conservation. C’est un cas où la conservation doit dépasser la durée minimale.
Le cas des groupes
En l’absence de régime général d’intégration fiscale, chaque société d’un groupe reporte ses propres déficits. Deux conséquences pratiques :
- Une filiale déficitaire ne réduit pas l’impôt de la société mère.
- Les flux entre sociétés liées doivent respecter les conditions de pleine concurrence, sujet développé dans notre guide sur les prix de transfert.
Cette configuration renforce l’intérêt d’un suivi individuel rigoureux des déficits, société par société, notamment dans les structures organisées autour d’une holding.
Ce qu’il faut faire pendant les exercices déficitaires
- Pratiquer les amortissements sans exception, pour alimenter la fraction imprescriptible.
- Documenter les charges, dont la déductibilité conditionne le montant du déficit.
- Suivre les échéances d’expiration.
- Déclarer le déficit dans les délais : un déficit non déclaré est difficile à faire valoir ensuite.
Les textes de référence sont publiés au Bulletin officiel, accessible auprès du Secrétariat Général du Gouvernement. Les délais et modalités étant susceptibles d’évoluer par les lois de finances, vérifiez le régime applicable à l’exercice concerné.
Le déficit se lit dans la cascade des soldes intermédiaires : leur lecture.
Questions fréquentes
Un déficit peut-il s’imputer sur les exercices antérieurs ?
Le mécanisme de report en avant est la règle. Il n’existe pas de report en arrière général permettant d’imputer un déficit sur des bénéfices déjà imposés.
Faut-il imputer le déficit dès le premier bénéfice ?
Oui. L’imputation s’impose dès qu’un bénéfice fiscal est constaté ; elle ne peut pas être différée au choix de l’entreprise.
Comment isoler la part liée aux amortissements ?
Par le tableau des amortissements de chaque exercice, qui permet de rapprocher les dotations du déficit constaté. Ce document doit être conservé.
Un déficit se transmet-il en cas de cession de la société ?
La cession des parts ne fait pas disparaître les déficits de la société, mais un changement d’activité réelle peut être analysé comme une cessation entraînant leur perte.
Conclusion
Deux réflexes suffisent : amortir chaque exercice, même déficitaire, pour alimenter la fraction imprescriptible, et tenir un tableau de suivi distinguant les deux fractions avec leurs dates d’expiration. Sans ce tableau, un déficit ancien devient impossible à défendre.

